[Vœux 2025] Quand la presse parle au sommet : le plaidoyer solennel de Désiré Ename devant Oligui Nguema
Le vendredi 09 janvier 2025, le rituel républicain de présentation des vœux des forces vives au chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est achevé avec la presse nationale, venue porter sa voix, ses espoirs et ses exigences. Porte-parole désigné, Désiré Ename, président de l’Union internationale de la presse francophone (UPF Section Gabon) et directeur de publication d’Echos du Nord, a livré un discours dense, lyrique et sans détours, saluant une relation renouvelée entre le pouvoir et les médias.
D’emblée, le représentant de la presse a rappelé un geste fondateur : « le 04 septembre 2023, vous avez placé la presse au premier rang de vos civilités protocolaires ». Un symbole fort, assimilé à une profession de foi démocratique, car, selon lui, « soumettre l’action publique au regard critique des journalistes, c’est accepter la vérité comme boussole ». Cette exhortation, renforcée par l’appel présidentiel à « dire sans crainte, mais dire la vérité », a été décrite comme l’aube nouvelle d’une presse longtemps éprouvée.
Dans une envolée imagée, Désiré Ename a comparé le magistère du chef de l’État à « un Phénix faisant renaître la presse de ses cendres », lui restituant l’oxygène vital sans lequel la démocratie s’asphyxie. « Sans presse libre, point de respiration démocratique », a-t-il insisté, dressant ensuite le constat d’un paysage médiatique jadis « en guenilles, clivé et réprimé ».
Le discours a salué des actes concrets : l’octroi de « 500 postes budgétaires aux agents de l’audiovisuel public », le soutien financier aux rédactions publiques, la réhabilitation des stations provinciales et la renaissance de Radio Gabon jusque « dans les confins de Pana et de Meyo-Kié ». La création de Gabon 24, qualifiée de « fierté nationale sortie du Palais présidentiel », et la relance annoncée d’Africa N°1 ont été présentées comme des jalons historiques.

Dans cette dynamique de projection et de rayonnement, Désiré Ename a également mis en lumière un rendez-vous majeur pour l’avenir des médias gabonais et francophones. Il a annoncé l’organisation à Libreville, en janvier 2025, de la Première Conférence internationale de la presse francophone, portée par l’UPF–Section Gabon. « À la demande pressante de nos pairs venus de France, de Roumanie, de Guinée Conakry, des Comores, de Côte d’Ivoire, du Mali, du Bénin, du Congo Brazzaville, de la RDC, du Cameroun ou encore de la Guinée équatoriale, Libreville deviendra le carrefour de la pensée journalistique francophone », a-t-il déclaré. Cette rencontre, pensée comme une agora moderne, ambitionne de faire du Gabon « le futur hub des médias en Afrique », concentrant réflexion stratégique, partage d’expériences et innovation éditoriale. Désiré Ename a souligné que cette conférence ne serait pas un simple événement de prestige, mais « un acte fondateur pour repositionner la presse gabonaise dans le concert des nations médiatiques », souhaitant qu’elle se tienne « sous le haut patronage du Président de la République ».
Mais l’éloge a laissé place à l’alerte. À quelques encablures, « la Maison Georges Rawiri se meurt », symbole d’un patrimoine audiovisuel menacé. Désiré Ename a invoqué la sagesse latine, rappelant que « mens sana in corpore sano », pour réclamer une rénovation totale de Gabon 1ère, condition de la fin de l’autocensure et du retour de la qualité éditoriale.
La question financière a occupé une place centrale. « Comment comprendre qu’un média national ne vive que d’un budget symbolique ? », a-t-il interrogé, plaidant pour une réforme de la Redevance audiovisuelle et cinématographique au bénéfice exclusif de l’audiovisuel public et de l’IGIS, dont la modernisation est jugée indispensable au rayonnement culturel.
Enfin, appelant à sauver « un patrimoine national », Désiré Ename a invité gouvernants, entreprises et partenaires à soutenir les médias, car, selon lui, « une presse libre et responsable n’est pas une menace pour l’État, mais l’un de ses piliers les plus solides ». Une profession de foi lancée comme une balise, éclairant le chemin d’une démocratie en quête de souffle durable. »